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Tourisme d’achat 2026 : Faire ses courses en France ou en Allemagne est-il toujours rentable ?

150 francs par personne et par jour, pas un de plus. Depuis l'abaissement de la franchise douanière de 300 à 150 CHF, le rituel du samedi dans les supermarchés de France voisine ou du sud de l'Allemagne a pris un sacré coup de frein.

Ajoutez à cela les variations du taux de change CHF/EUR et le coût du carburant : remplir son coffre de l'autre côté de la frontière permet-il encore de réaliser de vraies économies ? Entre fausses bonnes affaires et calculs au franc près, nous avons passé au crible la rentabilité réelle du tourisme d'achat pour les ménages suisses.

1. Nouveau cadre légal : ce qui a changé aux douanes suisses

Le grand changement concerne la franchise de valeur, c'est-à-dire le montant maximal de marchandises que vous pouvez repasser en Suisse sans payer la TVA suisse (8,1 %).

  • La limite de 150 CHF par personne : Chaque résident suisse peut transporter jusqu'à 150 CHF de marchandise par jour sans taxe.
  • Le piège du cumul : La règle s'applique par personne présente dans le véhicule. Cependant, une marchandise indivisible (par exemple un appareil ménager à 200 CHF) ne peut pas être divisée entre deux personnes : elle sera taxable dans son intégralité.
  • Les quotas de denrées (inchangés) : Attention aux quantités ! La franchise de valeur ne remplace pas les limites sur les produits sensibles. Au-delà des quotas autorisés (comme 1 kg de viande fraîche ou 5 litres de vin jusqu'à 18 % par personne), les droits de douane suisses grimpent très vite et annulent immédiatement vos économies.
  • La détaxe européenne (TVA) : Pour maximiser le trajet, n'oubliez pas de demander le bordereau de détaxe pour récupérer la TVA du pays vendeur (dès 100,01 € d'achats en France, et dès le premier euro dans certains commerces allemands).

2. Le comparatif : ce qui reste rentable et ce qui ne l'est plus

Toutes les étagères des supermarchés voisins ne se valent pas. Voici le détail des écarts constatés par grande catégorie de produits :

  • Produits d'hygiène et droguerie (Très rentable) : Les lessives, gels douche, shampooings et cosmétiques restent nettement moins chers en France et en Allemagne, avec des réductions pouvant aller jusqu'à -50 % par rapport aux prix suisses.
  • Viande rouge et charcuterie (Rentable sous condition) : L'écart de prix reste très favorable, mais la limite stricte de 1 kg de viande par personne impose de ne pas avoir la main trop lourde pour éviter les taxes douanières.
  • Épicerie spécialisée et Bio (Moyennement rentable) : Les marques bio et les produits alimentaires spécifiques affichent souvent des tarifs plus doux qu'en Suisse, mais l'écart s'est réduit ces dernières années.
  • Produits de marque propre (Peu rentable) : Les gammes économiques des distributeurs suisses (M-Budget chez Migros ou Prix Garantie chez Coop) rivalisent aujourd'hui très bien avec les marques équivalentes des supermarchés français ou allemands.
  • Produits laitiers et fromages (Non rentable) : Le fromage suisse et le lait local restent très compétitifs en Suisse, surtout face à la hausse des prix de l'alimentation en zone euro.

3. La facture cachée : le calcul du coût réel

Pour savoir si votre déplacement vaut le coup, il ne faut pas comparer uniquement le ticket de caisse, mais le coût total de l'opération :

  1. Le trajet en voiture : Comptez environ 0.60 à 0.70 CHF par kilomètre (carburant + usure du véhicule). Un aller-retour de 60 km vous coûte environ 35 à 40 CHF en réalité.
  2. Les frais de change bancaires : Payer avec une carte bancaire suisse classique entraîne souvent une majoration de 1,5 % à 2,5 % sur le taux de change, plus des frais fixes. Utilisez plutôt une néobanque suisse sans frais à l'étranger (comme Revolut, Neon ou Yuh).
  3. Le temps investi : N'oubliez pas d'inclure le temps de route, l'attente aux caisses, les démarches au bureau de détaxe et les ralentissements aux postes de douane.

4. Bilan : pour qui le tourisme d'achat est-il encore intéressant ?

  • Le profil perdant : Une personne seule ou un couple qui parcourt 50 km aller-retour pour faire un petit plein de 80 € sans faire de détaxe. Le coût du trajet absorbe la totalité du gain.
  • Le profil gagnant : Une famille qui regroupe ses achats (2 à 3 personnes dans la voiture = 300 à 450 CHF de franchise cumulée), cible en priorité la droguerie et la viande dans la limite des quotas, et effectue systématiquement les démarches de détaxe TVA.

5. Les alternatives pour économiser directement en Suisse

Si vous préférez éviter les trajets et soutenir le commerce local, plusieurs astuces permettent de réduire la note en Suisse :

  • Les rabais de fin de journée : Repérez les étiquettes -30 % et -50 % chez Migros, Coop, Denner, Aldi et Lidl (souvent appliquées en fin d'après-midi sur les produits proches de la date limite).
  • Les applications anti-gaspillage : Utilisez des applications comme Too Good To Go pour récupérer des paniers de boulangeries ou supermarchés locaux à prix réduit.
  • Les hard-discounters locaux : Lidl et Aldi Suisse proposent des produits de base de très bonne qualité à des tarifs très proches des grandes surfaces européennes.